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Daniel Odier




LE COEUR DE LA RECONNAISSANCE

 

(Pratyabhijñâhrdayam)

Ksemarâja, disciple d'Abhinavagupta, fut l'un des grands maîtres du tantrisme cachemirien du Xème siècle. Grand admirateur d'Utpaladeva, qui a formulé les principes de l'école Pratyabhijñâ ou Reconnaissance du Soi, il en a formulé l'essence dans ce texte magnifique tout en alliant ce système au Spanda, ou école du frémissement qui lui tenait à coeur. C'est l'un des textes les plus courts et les plus riches du tantrisme cachemirien, qui, lui aussi, à sa manière, formule l'enseignement de Mahachinachara:

La conscience absolue, par son propre mouvement libre et spontané, manifeste maintient et résorbe l'univers.

La conscience a le pouvoir de déployer la réalité face à son propre miroir.

La multiplicité illusoire de l'univers apparaît à travers la relation du sujet et de l'objet.

L'expérimentateur dont la conscience est contractée perçoit l'univers sous sa forme contractée.

La conscience absolue devient conscience individuelle par cette contraction même, provoquée par les objets de conscience.

La conscience individuelle est la conscience absolue.

Mais lorsque la conscience apparaît duelle et que cette dualité est recouverte du voile de l'illusion, la conscience se fragmente encore et prend la forme des trente-cinq tattva.

Ainsi, toutes les positions philosophiques apparaissent comme des rôles joués par la conscience absolue

Lorsque la connaissance, le désir, l'espace, le temps et le pouvoir de réalisation sont limités par la conscience individuelle, la shakti est limitée.

Mais, même dans sa condition obscurcie, le soi limité est d'une nature absolue.

Le soi manifeste, savoure, spatialise, féconde et dissout tous les obstacles. C'est la vision des yoginî et des yogin.

Transmigrer, c'est être dans l'illusion de la séparation et ne pas reconnaître la vision des Siddha.

En s'ouvrant à cette connaissance, le soi limité devient le soi absolu.

Le feu de la connaissance suprême brûle. Il consume toute connaissance fragmentée et tout objet.

Ce pouvoir de la reconnaissance de la nature réelle de l'univers englobe toute chose.

Atteindre la félicité, c'est réaliser que la connaissance absolue est notre vraie nature.

Ouvrir le centre du coeur est la félicité de l'esprit.

Le yoga se pratique par la concentration sur le coeur, le retour des formations mentales et des perceptions à l'espace, la perception continue de la spatialité sous-jacente aux formations et aux perceptions, le frémissement constant de la kundalinî, le samâdhi dans la réalité, le retour permanent à l'informulé par le souffle et les mantra, la circulation du souffle entre les coeurs.

Enfin, le samâdhi s'établit d'une manière permanente par la fusion de l'expérience intérieure et de la réalité.

C'est alors l'établissement dans le soi suprême, essence de la conscience, autonomie et félicité. La réalité toute entière émane et se résorbe dans le soi absolu. La nature de Shiva est réalisée.